dimanche 27 août 2017

À deux doigts de la mort | par Claudia Chan Tak

Noir.

Une voix d’homme s’élève, parfaitement grave.
Une voix qui donne des frissons à chaque mot prononcé.
Une voix tellement belle qu’on ne peut que s’offrir entièrement à elle.
Une voix qui me rappelle les plus beaux documentaires, ceux qui nous font voyager, qui nous bouleversent, qui nous émerveillent et qui nous promettent les plus belles images et les plus belles histoires.

Cette voix me promettait de me raconter la mort comme jamais avant.

Cold Blood, de Michèle Anne de Mey, Jaco Van Dormael et leurs collaborateurs, a transporté toute la salle vers l’au-delà...


À l’aide de doigts, d’un écran et d’innombrables maquettes, ce ballet cinématographique raconte avec poésie et une touche d’ironie sept morts magnifiquement tragiques qui m’ont toutes donné envie de mourir avec panache. Avec cette pièce, la mort avait soudainement quelque chose de beau, de tendre et de doux.

À l’écran défilaient des images somptueuses où tout était calculé à la perfection : le cadrage, les éclairages, les actions des danseurs, les mouvements de la caméra, les couleurs, les effets spéciaux, le tout s’emboîtant comme un jeu de Tétris.

Quant à la scène, nous avions droit à toute la mécanique du film en voyant en pleine action des silhouettes sombres s’agiter avec discrétion et dont chacune des tâches semblait calculée à la seconde et au centimètre près. La complexité des images réalisées grâce à des constructions et des actions simples mais ingénieuses était surprenante. Avoir droit au film comme au making-of rendait mon expérience de spectatrice encore plus impressionnante.

Cold Blood de Michèle Anne De Mey, Jaco Van Dormael
et le collectif Kiss & Cry sur des textes de Thomas Gunzig

© Julien Lambert
J’ai vu des doigts mimer des êtres humains, mais aussi des doigts jouer des doigts ; des doigts danser ; des doigts caresser ; des doigts devant la caméra ; des doigts derrière la caméra et même des doigts qui se multiplient à l’écran pour devenir un effet visuel abstrait et hypnotisant.

Ce soir-là, c’est peut-être une certaine appréhension de l’ennui qui finalement m’a poussée à l’émerveillement, à la surprise et au plaisir de savourer chacune des minutes et des petits détails de Cold Blood. Cette pièce m’a redonné espoir envers la légitimité de la rencontre des disciplines et de la présence des nouvelles technologies sur scène. La qualité et la profondeur de cette rencontre entre le cinéma et la danse a ravivé et encouragé ma propre envie et ma propre foi envers l’interdisciplinarité.

Claudia Chan Tak ©Julie Artacho
Claudia Chan Tak est une artiste pluridisciplinaire formée en arts visuels et en danse contemporaine. Elle gradue avec distinction de l’Université Concordia en Intermedia/CyberArts, Department of Studio Arts en 2009. Trois ans plus tard, elle reçoit la bourse d’excellence William Douglas pour son baccalauréat en danse contemporaine à l’Université du Québec à Montréal. Elle y termine en 2017 un mémoire-création qui questionne les liens entre film documentaire et danse contemporaine. Le solo autobiographique qui en résulte, Moi, petite Malgache-Chinoise a été présenté au MAI (Montréal, arts interculturels) en décembre dernier. Ses autres créations ont été vues sur plusieurs scènes, entre autres celles du OFFTA, Tangente, Zone Homa, Short&Sweet, La Petite scène et Edgy Women. Elle danse et signe la chorégraphie pour plusieurs projets cinématographiques qui ont été récompensés à travers le monde, dont Petit Frère de Rémi St-Michel qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes en 2014. Son premier court-métrage La Buvette des carnivores reçoit le prix de la Cinémathèque québécoise pour la meilleure réalisation lors du Festival Quartiers Danses en 2015 alors que son deuxième, intitulé Norma, a fait partie de la sélection officielle du Festival International de Films sur l’Art en 2016.

Claudia a notamment réalisé le dernier clip du RQD : 

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