mercredi 20 septembre 2017

Plonger dedans | par Dena Davida

In side (2003)
Danseurs : Jason Diggins et
Élizabeth Emberly
Chaque création de Stéphane Gladyszewski m’étonne. Mais c’est In side et Aura (un diptyque créé en 2003 et 2005) qui continue de me hanter au fil des années, probablement parce que ce fut ma toute première expérience avec la force de ses visions quasi hypnotiques. Cet artiste visuel et chorégraphique est un alchimiste de la matière numérique qui sait transformer la nature même d’un corps.

Dans l’espace étroit et intime de l’ancien Tangente sur Cherrier, deux êtres (un homme et une femme) ondulent, se caressent, se tordent, se tournent, se bousculent, chutent, rampent... Ils forment des images furtives et oniriques qui se succèdent dans un rythme stroboscopique. La succession des figures et l’environnement sonore coupent le souffle, deviennent hyper stimulants pour l’œil comme pour l’oreille.

Je suis déstabilisée et perds l’équilibre en raison de la perte de repères dans l’espace, mais heureusement je me trouve bien assise dans mon siège dans le noir. Il y a littéralement une dissolution de la frontière entre la deuxième et la troisième dimension, c’est-à-dire entre l’image réelle et projetée, qui se fondent l’une dans l’autre. J’ai la sensation de plonger dedans.



Ces corps nus sont à la fois allégoriques, poétiques, sensuels, sexués. (Une sculpture en bois de grandeur nature d’une colonne vertébrale humaine apparaît) Quelle matière malléable, ce corps humain ! La surface de la peau est écran et canevas, recevant lumières et substances liquides. Il y a une saturation des couleurs et des textures dans cette fusion de corps mouvementés, matériaux et lumières.

Une panoplie d'images épiques émerge dans ma conscience : la naissance de l’humanité, la fin du monde, la dissolution du corps humain... La puissance évocatrice de cette proposition esthétique me semble immense. Je demeure étonnée par le pouvoir de la danse.


Dena Davida © Nathalie St-Pierre
Dena Davida est cofondatrice, directrice artistique et présentement commissaire (de 1980 à aujourd'hui) de Tangente, la première salle de spectacle consacrée à la danse professionnelle au Québec.  Elle était également co-fondatrice et co-programmatrice du Festival international de nouvelle danse du 1985 au 2001, où elle a élaboré des projets de développement et de médiation culturelle. Docteure en Études et pratiques des arts à l'UQAM (2006), elle a proposé dans sa thèse une ethnographie d’un événement de « nouvelle danse » montréalais par le biais d’une étude de cas d’O Vertigo danse. Sensible au développement et à la professionnalisation du milieu artistique, et principalement du métier de la direction artistique au sein des organismes de diffusion, elle a cofondé en 2012 l'organisme La communauté internationale des commissaires des arts de la scène, aux côtés de Dominique Fontaine et de Jane Gabriels.
Pour plus d'informations sur Dena Davida, consultez son blogue.

dimanche 27 août 2017

À deux doigts de la mort | par Claudia Chan Tak

Noir.

Une voix d’homme s’élève, parfaitement grave.
Une voix qui donne des frissons à chaque mot prononcé.
Une voix tellement belle qu’on ne peut que s’offrir entièrement à elle.
Une voix qui me rappelle les plus beaux documentaires, ceux qui nous font voyager, qui nous bouleversent, qui nous émerveillent et qui nous promettent les plus belles images et les plus belles histoires.

Cette voix me promettait de me raconter la mort comme jamais avant.

Cold Blood, de Michèle Anne de Mey, Jaco Van Dormael et leurs collaborateurs, a transporté toute la salle vers l’au-delà...


À l’aide de doigts, d’un écran et d’innombrables maquettes, ce ballet cinématographique raconte avec poésie et une touche d’ironie sept morts magnifiquement tragiques qui m’ont toutes donné envie de mourir avec panache. Avec cette pièce, la mort avait soudainement quelque chose de beau, de tendre et de doux.

À l’écran défilaient des images somptueuses où tout était calculé à la perfection : le cadrage, les éclairages, les actions des danseurs, les mouvements de la caméra, les couleurs, les effets spéciaux, le tout s’emboîtant comme un jeu de Tétris.

Quant à la scène, nous avions droit à toute la mécanique du film en voyant en pleine action des silhouettes sombres s’agiter avec discrétion et dont chacune des tâches semblait calculée à la seconde et au centimètre près. La complexité des images réalisées grâce à des constructions et des actions simples mais ingénieuses était surprenante. Avoir droit au film comme au making-of rendait mon expérience de spectatrice encore plus impressionnante.

Cold Blood de Michèle Anne De Mey, Jaco Van Dormael
et le collectif Kiss & Cry sur des textes de Thomas Gunzig

© Julien Lambert
J’ai vu des doigts mimer des êtres humains, mais aussi des doigts jouer des doigts ; des doigts danser ; des doigts caresser ; des doigts devant la caméra ; des doigts derrière la caméra et même des doigts qui se multiplient à l’écran pour devenir un effet visuel abstrait et hypnotisant.

Ce soir-là, c’est peut-être une certaine appréhension de l’ennui qui finalement m’a poussée à l’émerveillement, à la surprise et au plaisir de savourer chacune des minutes et des petits détails de Cold Blood. Cette pièce m’a redonné espoir envers la légitimité de la rencontre des disciplines et de la présence des nouvelles technologies sur scène. La qualité et la profondeur de cette rencontre entre le cinéma et la danse a ravivé et encouragé ma propre envie et ma propre foi envers l’interdisciplinarité.

Claudia Chan Tak ©Julie Artacho
Claudia Chan Tak est une artiste pluridisciplinaire formée en arts visuels et en danse contemporaine. Elle gradue avec distinction de l’Université Concordia en Intermedia/CyberArts, Department of Studio Arts en 2009. Trois ans plus tard, elle reçoit la bourse d’excellence William Douglas pour son baccalauréat en danse contemporaine à l’Université du Québec à Montréal. Elle y termine en 2017 un mémoire-création qui questionne les liens entre film documentaire et danse contemporaine. Le solo autobiographique qui en résulte, Moi, petite Malgache-Chinoise a été présenté au MAI (Montréal, arts interculturels) en décembre dernier. Ses autres créations ont été vues sur plusieurs scènes, entre autres celles du OFFTA, Tangente, Zone Homa, Short&Sweet, La Petite scène et Edgy Women. Elle danse et signe la chorégraphie pour plusieurs projets cinématographiques qui ont été récompensés à travers le monde, dont Petit Frère de Rémi St-Michel qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes en 2014. Son premier court-métrage La Buvette des carnivores reçoit le prix de la Cinémathèque québécoise pour la meilleure réalisation lors du Festival Quartiers Danses en 2015 alors que son deuxième, intitulé Norma, a fait partie de la sélection officielle du Festival International de Films sur l’Art en 2016.

Claudia a notamment réalisé le dernier clip du RQD : 

mardi 23 mai 2017

I’m sure you are looking at us | par Katya Montaignac

N.B. : Il n'existe aucune image des adolescents mis en scène dans Shirtologie.
Ici, une version amateure de Show must go on recréée à Düsseldorf en 2014
crédit photo : Andreas Endermann
Il y a 20 ans.
Juin 1997. Ménagerie de verre (Paris).
Shirtologie met en scène 16 adolescents.

Une jeune-fille entre sur le plateau.
Elle s’arrête face au public et l’observe.
Ses yeux sont mobiles, on la sent nerveuse.
Cheveux teints en roux avec des mèches blondes, coupés court d’un côté et long de l’autre. Elle porte deux colliers ras du cou et un piercing sur le nez. Trois jeunes-filles la rejoignent sur scène avec des t-shirts aux messages soulignant leur sexualité juvénile : un « X », la mention « just 17 » sur un top découvrant le nombril, l’inscription « 2-lips » avec des lèvres dessinées sur le « i ».

Au total, ils seront 16 ou 18 adolescents réunis sur scène. Debout, silencieux et impassible, ils s’offrent au regard du public. Rien n’est « neutre » dans leur posture marquée par les signes de l’adolescence. T-shirts stretch ou trop grands flottant entre deux âges. Malgré les signes distinctifs (coiffure, accessoires, bijoux…) qui les individualisent, ils se noient dans une relative conformité vestimentaire caractéristique d’une tribalité occidentale.

L’attente dure au point de susciter un malaise. Puis, l’un des interprètes retire un t-shirt pour en faire apparaître un autre qui mentionne : I’m sure you are looking at us, renvoyant le spectateur à son état de voyeur.

Frédéric Seguette dans Shirtologie (1997)
Jérôme Bel | Crédit photo : Herman Sorgeloos
La présence des adolescents a suscité chez moi un sentiment ambivalent mêlant fascination et malaise. Ce qui me trouble avant tout, c’est leur vulnérabilité – perceptible à travers des signes de nervosité et de timidité tels que les tremblements (contrairement au danseur professionnel qui neutralise ses affects). Bien que soulevant une question éthique concernant l’instrumentalisation des sujets ainsi « mis à nu », cette mise en scène des adolescents échappe au contrôle du chorégraphe par l’imprévisibilité de leurs émotions qui perturbent constamment le spectacle (tout en le fondant).

Ce que j’en retiens est bien loin de l’absence de danse à laquelle on l'a longtemps confiné : une pseudo « non-danse » (terminologie contestée par de nombreux artistes et théoriciens) conceptuelle, froide et axée sur l’intellect. Ce que j’en retiens, c’est même paradoxalement tout l’inverse : une vive émotion. La sensation troublante de toucher à la fois à l’humain et à une certaine forme de réalité, et à son pendant : le spectacle, à son rituel et à sa magie, à travers ce que j’appelle « une dramaturgie du vivant ».

Cette œuvre constitue un point de non-retour dans mon parcours.

Katya Montaignac


lundi 3 avril 2017

Des yeux qui transpercent l’espace | par Marie Mougeolle

Snakeskins (2012) de Benoît Lachambre © Christine Rose DiVito
Je vois des yeux qui transpercent l’espace, et des mains qui deviennent géantes.

Une peau si poreuse qu’elle m’englobe.

Je suis au premier rang, mais quand même. Il ondule. Suspendu par le cou à l’horizontale. Je vois ce harnais en cuir, cage thoracique externe. Je vois ces longs cheveux en queue de cheval émaciée. Je vois une onde de choc, tangible, concrète. Une danse de l’espace, reprise juste après par les cordes sur lesquelles il avance. Il avance à genoux, à pieds, il fait danser les cordes.

J’ai l’impression que ce corps-là ouvre mes propres cellules. Qu’il fait de la place, qu’il creuse, que ça souffle à l’intérieur. J’ai l’impression que le moindre de ses mouvements m’embarque dans une danse que je n’ai pas choisie. Et que je ne connais pas, mais que mon corps reconnait.

Je suis embarquée, là. Je suis sur son bateau, parti à la conquête de je ne sais quel territoire. Loin en dedans, très loin en dedans. J’ai les yeux qui s’écarquillent. Ces mains. Ces yeux. La manière dont tout circule. La manière dont il me fait sentir que son corps n’est pas le mien tout en me ramenant dans mon propre corps. La manière dont il discute, dont il me parle, dont il me fait sentir que je suis là. C’est direct, ça fuse, ça saisit.

Des yeux qui transpercent l’espace.

Je me souviens m’être déplacée à la fin. J’ai monté les escaliers des gradins de l’Usine C pour rejoindre le dernier rang une fois la salle allumée. J’avais besoin de sentir le vide, le vertige, la hauteur. Et rester là à gouter cette fin qui n’en finit pas, pour ne pas qu’elle finisse. Benoît danse encore Snakeskins, dans sa marée de saluts; montante, descendante, interminable. J’ai mis quarante minutes à quitter la salle. D’autres restaient encore. Je me sentais frêle et pleine, j’avais les poumons ouverts. J’avais l’impression d’avoir passé la journée au grand vent : revigorée et épuisée à la fois.

J’avais touché quelque chose.
Marie Mougeolle 

Benoît Lachambre a reçu le Grand prix de la danse
de Montréal 2013 pour Snakeskins

Crédit photo: Marlène Desaize
Marie Mougeolle s'installe à Montréal en 2010 et poursuit une maîtrise en danse à l'UQAM sur les dynamiques de création interdisciplinaires, obtenue en 2014. En tant qu'interprète, elle collabore aux projets de Katya Montaignac, Sophie Corriveau, Les Soeurs Schmutt, Sarah Dell’Ava, Eduardo Ruiz Vergara, Andrée Martin ou encore Helen Simard. Son solo Entre autres a été présenté en France et au Vietnam. Le duo créateur qu'elle forme avec Liane Thériault crée Mine de rien au offta 2015, et se donne forme sous le nom de Mine de rien : un collectif en 2016. Elle poursuit ses activités de recherche en danse par la documentation de processus de création et l’écriture d’articles. Elle intervient notamment auprès de La 2e Porte à Gauche, dans la revue Jeu ou lors de colloques. Elle agit également en tant que professeur de ballet à l’École Supérieure de Ballet du Québec.

jeudi 23 mars 2017

Comme des coups de fouet sur ma conscience | par Robert St-Amour

La majorité de mes sorties danse, chacune à leur façon, m’apportent leur lot de sensations, et certaines par leurs propos m’interpellent particulièrement. Il en reste que si j’y réfléchis, je peux en choisir une et voici pourquoi.

Lorsque la proposition de Daina Ashbee s’est présentée à moi, Unrelated, le choc a tout eu de la déflagration. C’était ma première rencontre artistique avec cette jeune chorégraphe, et rien, sinon ma curiosité, m’amenait à m’asseoir dans un siège, à me faire interpeller de cette façon et à découvrir un point sensible que je ne soupçonnais pas jusque-là. La surprise fut grande et le choc encore plus.
 
Unrelated (2014) © Daina Ashbee | Performeuses : Areli Moran et Paige Culley
Devant moi, deux femmes sur une scène sans décor ont exposé leur vulnérabilité sans artifices et aussi souvent sans vêtements. Par la suite, les gestes furent tout aussi répétés que violents, comme des coups de fouet sur ma conscience. Je me rappelle, entre autres, un moment, encore juste là devant moi, cette femme frondeuse qui me défiait.


Elles auront beau s’infliger des coups, elles montrent une résistance hors du commun que l’homme que je suis, ressent au plus profond de lui. La violence faite à l’autre peut faire très mal, mais la violence que l’on s’inflige à soi-même devant l’autre peut produire des effets similaires et c’est ce que j’ai ressenti durant la présentation. C’est une sensation de culpabilité enrobée d’inconfort qui m’habite, mais aussi un sentiment d’impuissance.

En effet, en tant qu’homme blanc que rien ou si peu ne menace, je suis de ceux qui dominent et pourtant, cette position me rend inconfortable. Je m’interroge régulièrement sur cette posture privilégiée et surtout, je n’arrive pas à comprendre ou plutôt, je refuse les abus de pouvoir que cette position engendre.

Sans mots, mais riche en mouvements, elles se sont exprimées sans pudeur et moi, sans mots, je suis resté sidéré devant une illustration si forte de la réalité concernant le sort des femmes en général et en particulier celui des femmes autochtones. Cette soirée résonne en moi tel un écho toujours présent.


Spectateur de danse assidu depuis 15 ans, Robert St-Amour recueille et partage généreusement ses perceptions après spectacle sur le blogue Sur les pas du spectateur.



Dans le cadre des Prix de la danse 2016, Daina Ashbee a reçu le Prix Découverte présenté par l’Agora de la danse et Tangente avec le spectacle Unrelated et le Prix du CALQ pour la meilleure œuvre chorégraphique avec WHEN THE ICE MELTS, WILL WE DRINK THE WATER

mercredi 15 février 2017

Jamais je n’ai espéré qu’ils se mettent à danser | par Mélanie Demers


Tragedia Endogonidia P. #06 

Je vais trahir mon ignorance mais ce fut une œuvre de Romeo Castellucci qui a bouleversé ma conception de la chorégraphie. C’était en 2002 ou en 2003. J’étais de passage à Paris. En tournée. Des amis m’avaient déniché un billet en me disant que je devais à tout prix vivre l’expérience de ce spectacle. C’était avant que Romeo Castellucci ne soit Romeo Castellucci. Avant qu’il ne soit abonné au FTA. C’était aussi avant que j’aie des ambitions de création. Je n’avais jamais entendu son nom auparavant. Et je pensais que j’allais voir un spectacle de danse. Alors j’ai appréhendé son théâtre comme s’il s’agissait de danse. Ce que finalement son œuvre est devenue pour moi. Essentiellement. Un théâtre de corps, à tout le moins.

TRAGEDIA ENDOGONIDIA: P.#06 PARISRomeo Castellucci, Socìetas Raffaello Sanzi
© Dr. Luca Del Pia
Il y avait là des animaux, du sang, des électroménagers. Des voitures qui tombent du ciel. Des drapeaux percutants les murs. Des scènes bibliques, mystiques, cosmiques.  Un dragon chinois violant une vieille dame. Un personnage politique, De Gaulle, je crois. Une flaque d’eau au sol et le reflet du soleil nous aveuglant. Il y avait surtout des corps décharnés, presque nus. Ou alors comiquement costumés. Des corps victimes. Des corps bourreaux. Des corps immobiles surtout. Et jamais je n’ai espéré qu’ils se mettent à danser.

Ce qui a fait image pour moi dans ce spectacle c’est surtout le temps. Le temps qui passe. Le silence. Le vide. L’attente. Et étrangement, on arrivait à y voir du sensationnel, du spectaculaire, du stupéfiant… Stupéfiant… Comme un narcotique. Quelque chose qui altère le réel, qui nous fait voyager en dehors de nous-mêmes et qui étonnamment, dit quelque chose du plus profond de notre être.

Si je me rappelle bien, il me semble que les corps portaient en eux un potentiel de sublime et de danger. Tout était concentré dans ce qu’ils pouvaient faire mais ne faisaient pas. Il y avait un ensemble de musiciens classiques bordant la scène. Après presqu’une heure à les attendre sans les entendre, ils se sont levés avec fracas et ont quitté le théâtre. Il y avait cette vieille dame qui massait ses seins pour faire venir le lait. Après un temps insoutenable à espérer, rien n’est venu. Il y avait la figure de Jésus face au public, nous regardant, stoïque. Et là encore, rien n’est arrivé. Les attentes toujours déjouées. Les corps inhibés. Les plans contrecarrés. Les élans empêchés. Les histoires entravées. Et pourtant, une démesure.


Après Tragedia, rien n’a plus été pareil. Je n’ai plus jamais regardé une œuvre comme avant. J’ai toujours été à la recherche de ce fix-là. Et j’ai gardé secret mon amour pour Castellucci très longtemps. J’ai été déçue quand il est devenu populaire ici. Je ne voulais pas le partager. J’avais l’impression que mon expérience de lui devenait dorénavant vulgaire et quelconque.

Avec ce spectacle, il avait réussi à me faire parcourir une pensée complexe, mais sans les mots.

Je continue toujours d’espérer moi aussi y arriver. À cela. La pensée complexe, mais sans les mots.

jeudi 1 septembre 2016

Être punk en danse contemporaine | par Sylvain Verstricht

« Toi qui aimes les spectacles fuckés, ça risque de te plaire... »

Cette personne, alors en charge des communications pour le Festival TransAmériques, me parlait de Golpe de Tammy Forsythe. C’était en 2010.
Est-ce que ça m’a plu ? Ce n’est pas le mot que j’utiliserais.
Est-ce que j’y pense encore six ans plus tard ? Clairement.
Si on me demandait des centaines de spectacles de danse que j’ai vus lequel sort le plus du lot,
je répondrais Golpe.


Dès l’entrée en salle, il y avait quelque chose de différent. La scénographie était chargée et, contrairement à la plupart des spectacles professionnels, révélait une esthétique DIY. Je me souviens principalement de coussins anorexiques d’un rouge éclatant visiblement cousus à la main et suspendus au plafond, de gros « A » entourés d’un cercle : Anarchie.

Les trois danseuses (Forsythe, Gelymar Sanchez et Siôned Watkins) ont fait leur entrée de manière désinvolte. Il y avait aussi un homme. Il ne portait pas de chandail et on ne pouvait voir son visage : il avait une boîte sur la tête avec des rubans ou des fils de laine pour cheveux. C’était le batteur. Parce qu’il y avait un batteur. Et un groupe hardcore punk. [Par hasard, j’ai eu la chance d’apercevoir Forsythe performer avec le groupe WE R DYING 2 KILL U trois ans plus tard aux Katacombes, où j’ai retrouvé l’énergie qui m’avait tant plu dans Golpe.]

Il y avait des projections vidéo, chose commune en danse, sauf qu’ici le lecteur DVD ou peut-être même VHS était sur scène et ce sont les interprètes qui le contrôlaient. Sur l’écran, on pouvait même voir le « PLAY » et le « STOP » affichés. Rien n’était peaufiné.

Une professeure qui était aussi danseuse nous avait parlé d’un chorégraphe qui avait dit : « Le problème avec les danseurs, c’est qu’ils ne savent pas marcher. » C’est-à-dire marcher comme un non-danseur. On peut souvent identifier les danseurs à leur posture. Dans Golpe, les danseuses savaient marcher. Il y avait une section où elles avançaient vers le public et soulevaient une danseuse devant elles à bout de bras, seulement elles exécutaient ces portées comme si elles s’en foutaient complètement. J’aimais cette rafraîchissante qualité de performance que je n’avais jamais vue dans un spectacle de danse mais seulement dans des concerts punk, une qualité que j’ai retrouvée ces dernières années dans les performances de Gashrat.
Siôned Watkins dans Golpe de Tammy Forsythe | Crédit : Juan Saez

Le tableau qui m’a toutefois le plus marqué est celui où les danseuses sautillaient façon jumping jack sur des petits tapis, comme des enfants, les tapis glissant contre le plancher leur permettant de tournoyer tout en chantonnant « 9-1-1 was an inside job! » Jamais je n’aurais cru être témoin d’une telle scène à l’Agora de la danse !

And that’s the point.

Lorsque les gens me demandent pourquoi j’aime la danse contemporaine, je leur dis que, quand je vais voir un film, après les cinq premières minutes, je comprends ce que le film fait et que les deux heures suivantes consistent tout simplement à regarder ce que j’ai déjà saisi se dérouler. Toutefois, lorsque je vais voir un (bon) spectacle de danse, j’ai l’impression qu’à n’importe quel moment tout peut arriver. Forsythe m’a démontré que ceci n’était pas tout à fait vrai puisque Golpe ne faisait même pas partie de ce « tout » que j’avais jusqu’alors anticipé.

Il y avait la danse contemporaine ici                                      et il y avait Golpe là.

Forsythe était tellement loin de la danse que j’avais l’habitude de voir que tout à coup elle me faisait voir le carcan de celle-ci. Ne parlant que de musique, dans combien de spectacles de danse avais-je pu entendre Chopin ou Nina Simone? Pourquoi pas du punk hardcore? Golpe m’a laissé entrevoir ce que la danse contemporaine a de bourgeois. C’est grâce à ce spectacle que j’entretiens l’espoir de voir un jour un de mes fantasmes de danse se réaliser : un spectacle black metal, une musique qui me semble tellement riche pour la danse et que je n’ai pourtant jamais entendue dans ce contexte. [Christian Rizzo est passé près avec ses deux batteurs dans D’après une histoire vraie et Nancy Gloutnez a utilisé du métal au début de Débile Métal, avant la performance elle-même, mais c’est tout. Je demeure toutefois conscient qu’un fantasme réalisé s’avère souvent décevant.]

Même un des nombreux détracteurs du spectacle avait écrit dans sa critique « J’ignorais qu’on pouvait être punk en danse contemporaine. » Il me semble que, même si c’était tout ce que Golpe avait fait, c’est déjà beaucoup plus que la grande majorité des spectacles de danse.

Crédit : Terrence Mcgee

Pendant tout le spectacle je me suis senti mal à l’aise à cause de sa con/frontalité particulièrement punk. Je pensais à l’artiste de Toronto Darren O’Donnell; dans son livre Social Acupuncture, il écrit que le confort est apolitique puisqu’il dénote une absence de changement et que, si nous désirons des changements politiques, nous devons être prêts à confronter l’inconfort. Pour cette raison, je considère Golpe une œuvre politique; non pas à cause de son contenu, mais à cause de sa forme.

À la sortie, des critiques et des artistes ont parlé du spectacle pendant 45 minutes, une expérience que je n’avais jamais eue avant et qui ne s’est jamais répétée depuis. Une critique s’est exclamée que c’était le pire spectacle de l’année. Je maintiens que le pire spectacle de l’année n’engendre pas une conversation de 45 minutes. Le pire spectacle de l’année n’engendre rien. On n’en parle pas. C’est le spectacle qu’on oublie aussitôt sorti de la salle.

De plus, alors que les commentaires de lecteurs se font rares sur les blogues de danse, deux personnes ont pris le temps de commenter ma critique, pour une moyenne de plus de 500 mots chaque. C’est comme si elles avaient elles-mêmes écrit leur propre critique !

Une autre critique plus conciliante a déclaré que peut-être une autre salle de spectacle aurait été plus appropriée. « Pourquoi? » ai-je demandé. « Parce que l’Agora est trop bourgeois pour un spectacle punk? » Non, m’a-t-elle répondu, mais elle n’a jamais clarifié ses propos.
Golpe a été perçu par certains comme étant le pire spectacle de l’année parce qu’il est extrême. Et c’est précisément parce qu’il est dans l’extrême qu’il est tout aussi probable que c’était en fait le meilleur spectacle de l’année.
Sylvain Verstricht

À propos de Golpe :
La critique de Sylvain Verstricht rédigée sur Indyish.com en 2010
Golpe ou l'anarchie personnifiée par Émilie Plante le 9 juin 2010 sur Pieuvre.ca
Critique sur dfdanse rédigée le 14 juin 2010 par Marion Gerbier

Sylvain Verstricht est diplômé de la maîtrise en études cinématographiques de l'Université Concordia. Depuis plus de dix ans, il écrit sur la danse. En 2011, il fonde son propre blogue, LocalGestures. Depuis 2013, il jongle avec les rôles de chroniqueur, réalisateur, metteur en ondes et animateur à CIBL 101,5 FM. Ses nouvelles ont été publiées dans Headlight, Cactus Heart, et Birkensnake.

mercredi 25 mai 2016

Laisser voir des humains… | par Frédérick Gravel

Deux shows ont marqué mon parcours (en fait, bien plus que ça, mais si j'essaie de me rappeler ceux qui ont fait la marque la plus profonde, ce serait ceux-là. Ils m'ont attrapé à un moment où j'étais plus jeune, où mon regard était plus neuf).

Pendant les derniers FIND, en 2001 et 2003, j'ai vu pas mal de choses qui m'ont marqué. C'était pendant ma formation à l'UQAM donc j'était très ouvert et très en appétit de voir des artistes de l'étranger, des grandes figures, et aussi de l'avant-garde d'ailleurs.
À la préhistoire de ma vie professionnelle en danse, ces shows ont passé le test du temps.


En 2001 j'ai vu I Said I par la compagnie Rosas. Il y avait des billets dernière minute pour les étudiants (ça revenait à quelque chose comme 5$ et on pouvait avoir les meilleurs billets du théâtre). Je me suis donc retrouvé à la 5e ou 7e rangée, en plein milieu du théâtre, pour voir cette pièce. 2h30 de spectacle : juste ça déjà, ça m'a étonné, cette durée. Je me demandais comment on allait vivre ça. J'ai cru comprendre plus tard que c'était un spectacle auquel on n'avait pas besoin de porter attention constamment, que j'aurais pu partir et revenir mais il faut dire qu'être assis au milieu du Théâtre Maisonneuve, ça formalise ton rapport à l'œuvre... (puisque la sortie est loin). Mais je suis resté très intrigué, j'avais la place du roi.

I Said I (Rosas, 1999)
En fait ce que j'ai préféré de cette œuvre, c'est d'observer comment ses différentes composantes n'étaient pas toujours reliées, comme si chacun pouvait avoir son tour. La musique jouée par le DJ ou le trio qui jouait du Brahms et ou du Beethoven (si je me souviens bien) suffisait déjà comme proposition. Aussi, de terminer le spectacle avec seulement le trio musical, ça m'avait étonné et vraiment charmé. Laisser la chose se terminer par un petit moment de réflexion et de contemplation. Ça me fait toujours un choc quand un spectacle se termine et tout le monde est déjà debout à hurler bravo. J'aime qu'on ait le temps d'y penser. Je pense que c'est un spectacle qui m'a beaucoup allumé par sa forme. Je ne me rappelle pas avoir été renversé, mais très inspiré par la liberté de la mise en scène d'un spectacle même s'il porte l'étiquette « danse ».

Pour le choc esthétique, Meg Stuart remporte la palme. Le FIND a présenté Alibi en 2003, à l'Usine C. Je ne connaissais pas cette chorégraphe à l'époque, et je ne m'attendais à rien. J'ai été un peu secoué, sinon déboussolé, ennuyé parfois, fasciné, exaspéré, amusé. Je ne savais pas trop comment prendre ça. Je n'avais pas une grande expérience de ce genre de travail, j'étais perdu.

En revanche, je me rappelle de plein d'images, de l'énergie que je sentais dans la salle, ce mélange d'appréhension, d'excitation, d'exaspération… Ça doit être le spectacle avec lequel j'ai dialogué le plus longtemps par la suite. Je l'ai digéré petit à petit. Cette façon de faire surgir des personnages sans avoir besoin d'une narration, seulement par un travail sur l'émotion, sur l'effort, sur des états physiques.

C'était clairement une chorégraphie soutenue par l'émotion, et non par une représentation bien maitrisée d'émotions que nous donne souvent à voir l'esthétique chorégraphique. Je me suis senti près des performeurs, de leur humanité. C’est sans doute une des œuvres qui m'a le plus inspiré dans mon travail. Cette idée de laisser voir des humains faire quelque chose, et que cette tâche, cette action faite par ces humains crée l'émotion, n'en est pas seulement la représentation, même si bon, ça n'exclut pas cette possibilité. 

Le travail de Damaged Goods résonnait d'une grande pertinence dans ces années-là et a surtout planté certaines idées chez moi.

Frédérick Gravel
Consulter aussi :
Un article du journal Voir  présentant I Said I en 2001
Un extrait d'Alibi de Meg Stuart

lundi 23 mai 2016

Partager ce que nous fait la danse...

Suite à la lettre ouverte parue dans Le Devoir l'an dernier réagissant au vide critique entourant la danse à Montréal, une question me hante : que faire face à cet appauvrissement de la critique ? En effet, comment, au-delà de la disparition des critiques spécialisés, faire face à la raréfaction de l’espace médiatique consacré à la danse ? Pouvons-nous jouer un rôle en tant qu’acteurs du milieu ? Au-delà de nous sentir victimes et incompris, quelle est notre force d’action face à une situation qui touche l’ensemble de l’art et de la culture ?

Pouvons-nous alimenter – voire animer ou raviver – un espace critique quasi-inexistant ? Peut-on prendre la parole (et la plume) pour témoigner d’œuvres chorégraphiques qui nous transportent, nous renversent, nous bouleversent, nous questionnent ou nous dérangent ? Sommes-nous prêts à rédiger, chacun de nous, ne serait-ce qu’UN texte dans l’année et à le partager publiquement ? Mettre en mots, questionner et débattre sur l’art qui nous anime et sur ce que nous fait la danse.

Je lance à ce titre l'invitation aux acteurs du milieu chorégraphique à partager des chocs esthétiques et points de vue sur la danse. Brice Noeser, Sophie Corriveau et Frédérick Gravel ont ouvert le bal...
(À suivre...)
Katya M.
À lire :
Malaise critique, lettre ouverte publiée dans Le Devoir (22 juin 2015)
"Is Everyone a Critic?" par Kathleen Smith dans The Dance Current (juillet-août 2015)
"Malaise dans la critique" par Marie-Andrée Bergeron dans Liberté (été 2015)
"Écologie théâtrale : le guerre des étoiles" par Jessie Mill dans Liberté (printemps 2016)
"What Is a Critic?" par Sylvain Verstricht dans Local Gestures (13 octobre 2013)
"The Perfect Dance Critic" par Miguel Gutierrez, the Movement Research Journal #25 Dance Writing (automne 2002)
La critique de la critique critique + La danse en ligne par Stéphane Baillargeon dans Le Devoir (28 mai et 4 juin 2016)

À regarder :
Épisode de "Rature et lit" avec avec Catherine Voyer-Léger (essayiste), Christian Saint-Pierre (critique de théâtre au Devoir et à la revue JEU) et Myriam Daguzan Bernier (ex-blogueuse à Ma mère était hipster) sur le rôle de la critique culturelle dans notre société.

mardi 3 mai 2016

Le vertige d'un Tête-à-Tête | par Sophie Corriveau

Tête-à-Tête (2012) de Stéphane Gladyszewski
© Stéphane Gladyszewski
Bon. Je suis dans le noir, le visage contre le masque, consciente de mon nez écrasé dans le plastique, parce que je ne sais pas encore comment le placer, ce nez. Consciente aussi de mon souffle que je n’entends pas, et qui justement, me semble anormal.

Je cherche du regard, j’attends. Ça commence tranquillement. J’aime bien le mystère. Je sens tout de même monter une légère crainte, parce qu’il devient possible que je sursaute. J’ai le temps de me dire que je n’en ai pas envie, de sursauter. Mais je suis là, et on verra bien. Et je suis bien, là, dans l’attente.

Tu te rapproches, tu te donnes à voir. Ta présence est d’un autre temps. Je pense à un Vermeer qui s’active doucement sous mes yeux.

J’ai trouvé plus de confort dans le masque, ça va. Je me sens voyeur. C’est étrange, dangereux et doux à la fois.

Tu te rapproches encore. Ton visage est devant le mien. Je te regarde. Le son dans les écouteurs est une distance réelle entre toi et moi. Je me sens protégée et c’est bien.

Peu à peu, je sais qu’il y a encore du son, mais je n’entends plus rien. Je ne m’en souviens pas. Il y a ce jeu où j’ai accès à tes yeux. Tout est si calme. Des yeux dans les miens, directs, mais qui n’attendent rien de moi, pas encore. C’est tout, mais quelque chose se défait en moi. Je disparais à moi-même. Une part de moi n’existe plus, mais une autre part devient consciente que maintenant tu me vois, et que peut-être même tu me vois depuis le début.

Et là, tu t’échappes. Une main qui flambe, des secousses d’où jaillissent des images de douleur. Je comprends le jeu de la représentation, j’ai conscience de l’irréalité du moment, mais un vertige m’a déjà happée et je n’ai plus rien pour m’accrocher.

Tu reviens, mais moi, je suis en train de tomber. Ce n’est plus toi devant moi, mais bien moi devant toi. Mon visage se mêle au tien. Je ne veux pas voir mon visage, mais il est là, dans le tien. Tes yeux sont pleins de larmes et ce sont les miennes. MERDE!!!! À ce moment, tu es un autre en moi. Peut-être que, dans ces quelques minutes, j’ai aussi été une autre en toi? Je ne sais pas, mais cette pensée me semble essentielle.

Après, tu es cet autre qui accueille et qui partage. Tu m’as donné, c’est évident. En retour tu as pris une part de moi. Je ne sors pas indemne. Autant j’ai vu une autre en moi, autant je me sens vampirisée, mise à nu. Ça m’emmerde royalement – de m’être fait prendre à ton jeu, que tu aies tenu les rênes de ma dégringolade – et j’aime à la fois.

Mais là maintenant, j’ai un recul, les heures ont passées, la neige a neigé. L’émotion brute et viscérale laisse une place à un regard plus empreint de curiosité et d’humour. Je te salue cher Stéphane et je salue ta sensibilité, ton ingéniosité et ta brillance.
Sophie Corriveau

Sophie Corriveau © Alain Lefort
Sophie Corriveau œuvre dans le milieu de la danse contemporaine en tant qu’interprète, enseignante, répétitrice et conseillère artistique.  Après une formation à l’École supérieure de danse du Québec, elle débute sa carrière au Theater Ballet of Canada, puis se joint à Montréal-Danse de 1989 à 1993.  Ces deux compagnies l’amènent à de riches et diverses rencontres avec plusieurs chorégraphes, dont Natsu Nakajima, Paul-André Fortier, Daniel Léveillé, Françoise Sullivan et James Kudelka.  En 1993, elle se lie au travail de Danièle Desnoyers et participe à plusieurs projets du Carré des Lombes au Canada et à l’étranger.  À titre d’interprète indépendante elle travaille aussi auprès de Catherine Tardif, Manon Oligny, Bill Douglas, Tassy Teekman, Harold Rhéaume, Alain Francoeur, Sylvain Émard, Jean-Pierre Perreault, Louise Bédard et La 2e Porte à Gauche. En 2011, Sophie se lance dans l’aventure chorégraphique, avec Jusqu’au silence, un solo produit par Danse-Cité à l’Agora de la danse, en collaboration avec son frère, Thomas Corriveau, artiste visuel. Sophie enseigne présentement à L’école de danse contemporaine de Montréal, et est répétitrice pour Daniel Léveillé danse et Le carré des Lombes. Elle est la première à bénéficier d'une résidence d'interprète offerte par l'Agora de la danse.