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mercredi 17 janvier 2018

Je me souviens... | par Philip Szporer

La danse dans la culture populaire...
Comment la danse entre dans notre quotidien ?
Quels sont nos premiers souvenirs de danse ?

En prévision de notre prochaine séance, Philip Szporer, qui en sera l'invité, s’est prêté à l’exercice :

"I would say that music more than dance was present in our home. My mother's side of the family was steeped in music – my grandfather was a cantor from time to time, my aunt sang, my mother played the piano. That was the norm. Dancing was not really very present.

If I think back to my childhood (I was born and raised in Montréal), it's only when we met for big family events and celebrations that people started to dance – mainly Jewish folk-type dances.

Membres du New Dance Group
Improvisation, 1932
(New Dance Group Collection, Library of Congress)
What’s interesting is that there was a political and socialist edge to the family, and I remember all kinds of discussions about labour unions, and some relatives talking about work-based dance and recalling the Workers Dance League and the New Dance Group of the '30s and' 40s (both based in New York). That got people’s minds and feet moving!"

« La musique plus que la danse était présente chez nous. La famille de ma mère était imprégnée de musique – mon grand-père était cantor de temps à autre, ma tante chantait, ma mère jouait du piano. Chez nous, c'était la norme.

Si je repense à mon enfance (je suis né et j'ai grandi à Montréal), ce n’est que lorsque nous nous réunissions pour de grandes occasions familiales que les gens se mettaient à danser – principalement des danses folkloriques juives.

Ce qui était particulièrement intéressant, c'était le côté politique et socialiste de ma famille. Je me souviens de discussions sur les syndicats et certains proches parlaient de danses basées sur le travail, la Workers Dance League et le New Dance Group dans les années 30 et 40 (tous deux basés à New York). Cela a fait bouger les esprits et les pieds des gens ! »

À propos du New Dance Group :
un essai de Victoria Phillips
et un ouvrage en français (de la même auteure)
Dance is a weapon (Cnd, 2008)

DANSE ET CULTURE POP
Atelier proposé par Katya Montaignac en dialogue avec Philip Szporer
vendredi 16 février 2018 à l'Espace Sans Luxe
1838 Rue Amherst
de 9h30 à 12h30
(Possibilité d'assister à des séances à la carte)

À travers un survol historique, Philip Szporer analysera comment le corps dansant est représenté dans la culture populaire, en particulier au cinéma et dans l’imagerie publicitaire. Nous nous interrogerons également sur l'incidence de la culture populaire dans la création chorégraphique contemporaine, sur son pouvoir de séduction ainsi que sur son potentiel de déconstruction. Il s'agira alors de questionner les patterns, symptômes et enjeux qui en découlent.

Emmanuel Gat : Sacre (2004)
pièce récompensée en 2006 par un Bessie Award


Philip Szporer © Christopher Duggan
Philip Szporer est engagé, depuis plus de 30 ans, dans l’univers de la danse canadienne. Il enseigne au département de danse contemporaine de l’Université Concordia. Philip est également un chercheur invité au Jacob’s Pillow Dance Festival. En 2001, Philip a cofondé avec Marlene Millar la compagnie de production cinématographique sur l’art, Mouvement Perpétuel. Ensemble, ils ont coréalisé et produit de nombreux documentaires et courts-métrages sur la danse, dont la série CRU mettant en lumière les artistes de la culture de la danse urbaine à Montréal [cf. Atelier #1]. Pendant plus de 20 ans, Philip fut journaliste pour CBC Radio et chroniqueur pour l’émission radio "Aux arts, etc." de Radio-Canada, ainsi que correspondant pour The World (BBC/WGBH-Boston). Ses écrits sur la danse furent publiés, entre autres, dans Hour, The Dance Current, Ballettanz, Tanz et Dance Magazine. Philip offre aussi des ateliers d’écriture et donne des conférences à travers le Canada, aux États-Unis, et en Europe.

Consultez les articles de Philip Szporer dans The Dance Current

mercredi 22 novembre 2017

Laisser faire, se déposer, s’abandonner... | Percevoir la danse

Jeux de perception : Écrire à l'infinitif...
(atelier d'écriture issu d'un extrait d'Enfant de Boris Charmatz)


Manipuler des corps comme des pantins,
les renverser, les secouer, dans un univers sombre et mécanisé.
Asservir l’enfant aux besoins de l’adulte, le rendre docile.
Produire un mouvement factice.
Abandonner son poids à l’autre.
Abandonner sa vie à l’autre.
 
Ornella Calisti
 
Laisser faire, se déposer, s’abandonner
Mais ne pas lâcher
Bercer, se faire bercer, se faire balader
Manipuler l’inanimé, l’endormi et révéler une inconscience, une naïveté 
Puis une ambiguïté, l’émergence d’un pouvoir, d’un abus de pouvoir face à la vulnérabilité, la fragilité.

Anne-Flore de Rochambeau

Enfant créé en 2011 pour la cour d'honneur du Palais des Papes à Avignon
© Boris Brussey

Être adulte, être enfant.
Être moteur d’actions et en recevoir les effets, immobile.
Des corps à transporter, déplacer, utiliser puis déposer, ici et là dans l’espace,
peut-être sur un autre tas de corps.
Être de noir vêtu.
Produire un son mécanique par la machine immense, ouverte vers le public,
à la manière d’une rampe de skatepark. 
Puis, un ralentissement du bruit, du rythme machinal.
La danse, toujours en vie, en construction.
Simplicité du mouvement - pousser, manipuler, écraser, tomber -
pour permettre l’éloquence inhérente à la relation enfant-adulte. 

Élise Boileau

Accompagner la vie et la mort.
Bercer l’enfant.
Prendre des photos. 
Rouler/S’abandonner.
Noircir la vie à travers des machines.
Refléter l’actualité. 

Ariana Pirela Sánchez




Bouger sans bouger
Rouler et s'enrouler
Transporter des corps à la chaîne
Manipuler des corps
Porter attention à la besogne
S'abandonner parfois

Izabella Marengo

... la machine ON

courir en noir, arrêter, changer de niveau...
les petits, les grands...

avancer, rouler par terre, secouer leurs corps...
former des couples, un petit et un grand

les enfants...

...marcher, marcher, ralentir le rythme... ralentir le rythme... ralentir le rythme...........
inévitable la mort.
Ana Espinosa

jeudi 19 octobre 2017

Au bout de tes doigts et de ton regard | Verbaliser l'expérience sensible

Jeux de perceptions : Écrire à la deuxième personne du singulier
(atelier d'écriture issu d'un extrait de DATA de Manuel Roque)

Tu disparais dans la géométrie de ton corps.
Tes contorsions remettent en question ce que je vois.
Dans le reflet de la forme argentée qui t'accompagne, tu isoles chacune de tes articulations.
Soutenu par une musique classique grandiose, tu quittes le statut d'humain et par tes déformations devient surhumain.

DATA (2014) | Manuel Roque | © Marilène Bastien
Tu commences en grand. Tonitruant
Tu avances, serpent, qui charme et envoûte
Tu cries muet, l'effroi, la douleur, l'indicible
Tu pavanes, fais le beau, le paon, la roue
Tes bras oscillent dans le vent, dans les vagues
Tu as mal, luttes et n'avances plus
Tu harmonises le chaos, tentes de calmer la bête
Tu es un sorcier. Le bout de tes doigts dompte l'univers.

DATA (2014) | Manuel Roque | © Marilène Bastien

Tu te déplaces avec tout ton corps, péniblement
Tu cries à la souffrance, à l'injustice
Tu t’intériorises, tu te désarticules
Tu combats tes démons intérieurs
Tu te questionnes et questionnes l'univers
Tu te laisses traverser par les vagues
DATA (2014) | Manuel Roque © Marilène Bastien
Tu grimpes dans les sommets, dans les douleurs, peut-être vers la rédemption. 
Tu es vainqueur.
Tu es grand.
Tu cries.
Tu hésites. Tu vacilles.
Tu t'envoles. Et tu tombes presque.
Mais non. Tu te tiens toujours debout.
Tu ondules avec sérénité et puissance.
Tu nous emmènes le long de tes vertèbres.
Au creux de ton ventre.
Au bout de tes doigts et de ton regard.
Pour partager tes émotions.
Ta respiration.
Vainqueur. Mais pas supérieur.
Tu nous appelles.
Tu nous accueilles.



Tu doutes
Tu confonds
Tu cherches
Tu jouis de ton corps
Tu te libères
Tu es la matière de ta sculpture
Tu sculptes l'angoisse et tu te moules dans la sueur que tu respires petit à petit.

Traces issues d'un atelier d'écriture suite au visionnement d'un extrait de DATA (chorégraphié et interprété par Manuel Roque) dans le cadre de la formation Regards critiques sur la danse.

Merci aux participants et à leurs plumes : Elise Boileau, Ornella Calisti, Ana Espinosa, Victoire Faure, Emmanuel Jouthe, Julie Delorme, Izabella Marengo, Claire Olivier, Anne-Flore de Rochambeau, Ariana Pirela Sanchez